Depuis 2005, Creel Pone s'est lancé dans un vaste programme de rééditions, avec la sortie de 100 reproductions d'albums de musiques électroniques, électro-acoustiques, de musique concrète... issus de la période 1947-1983.
En ce début 2007, le catalogue de ce label basé à Reykjavik vient de dépasser les 70 références: on y croise certaines figures incontournables (Tod Dockstader, Ilhan Mimaroglu, ou encore Pierre Henry...), des compilations d'époque qui documentent certains scènes nationales (électronique néo-zélandaise, hongroise, hollandaise, grecque, australienne...) et de nombreux artistes méconnus.
Voici donc une première sélection de trois disques (d'autres suivront...): découvertes ou redécouvertes de pionniers de l'électronique.
Ruth White - Flowers of Evil
Le sous-titre de cet album de 1969 est assez parlant: "An electronic setting of the poem of Charles Baudelaire". Et le résultat s'avère quant à lui tout à fait étonnant: sur fond d'électronique angoissée, des boucles vocales désincarnées se déploient... sorte de transposition électronique de Fursaxa dans une forêt hantée. A découvrir via cet extrait: The Litanies of Satan.
Paul Boisselet - Symphonie Rouge / Symphonie Jaune
Enregistré en 1947, ce mélange d'électro-acoustique, de musique concrète et d'influences chinoises, où apparaît une cascade d'instruments (cordes, ondes martenot, percussions, claviers...), est l'oeuvre d'un visionnaire, tant certains passages semblent actuels... d'autres évoquant certaines BO postérieures (le Fahrenheit 451 de Bernard Herrmann, par exemple), mais ce ne sont que des exemples parmi d'autres. - Un extrait de la Symphonie Jaune est disponible ici.
- Quelques détails supplémentaires par là... et pour ceux qui désireraient se procurer un original, ça se passe par ici.
Jacques Lejeune - Blanche Neige
Sous-titré "suite musicale en 14 tableaux de Jacques Lejeune pour dire le conte et danser avec les enfants" et estampillé Nathan (la première édition étant sortie chez SFP en 1975), on pourrait voir en cet album quelque chose d'assez inoffensif.
Mais en marge de son (génial) livret descriptif des chorégraphies (voir les scans ci-dessous), ce projet se révèle extrêmement ambitieux, puisqu'il s'agit de "revisiter un grand conte trop souvent édulcoré dans ses versions modernes". Et effectivement, dans cette oeuvre de Jacques Lejeune (élève de Schaeffer et de Bayle, affilié à l'INA/GRM), il y a matière à se faire peur ou à se plonger dans des décors sacrément bizarres, le long de "14 tableaux [...] pour dire le conte et danser avec les enfants"... vraiment pas "édulcorés"! - Une sélection d'extraits, ici.
- En quête d'un original ? C'est par là.





- Le site du label.
- Le site du mail-order de Keith Fullerton Whitman, le bien-nommé Mimaroglu Music Sales: de très nombreuses références du catalogue Creel Pone y sont disponibles (bourré d'informations + extraits).
Après California, voici la suite de la série de posts consacrés aux coffrets RRRecords. Pour ce nouvel épisode, on reste en Californie... mais cette fois dans un tout autre genre et à une toute autre époque, avec le LAFMS Boxset, sorti conjointement par RRRecords et Cortical Foundation il y a une dizaine d'années: 10 CDs consacrés à la Los Angeles Free Music Society, collectif né dans les années 70 autour de Joe Potts, Rick Potts, John Duncan, Tom Recchion et de quelques autres...
Adeptes des expérimentations et des improvisations en tout genre, autour du rock, de la pop et des collages électroniques, ces personnages auront agi sous diverses incarnations (Le Forte Four, The Doo-Dooettes, C.V. Massage, Dinosaurs with Horns...), entre accessibilité et obscurité, parfois dans un élan visionnaire: un héritage que ne renierait sans doute pas toute une myriade de groupes actuels, de Volcano the Bear aux Sun City Girls (le passage au gamelan de Chip Chapman sur le premier disque étant un exemple parmi d'autres...).C'est aussi au sein de ce collectif et dans ce coffret que l'on retrouve quelques disques de légende, comme l'explosive performance de Airway (Live at Lace) ou le mythique Glamour Girl 1941 de Smegma... tous deux ayant d'ailleurs été réédités par la suite, respectivement chez Harbinger Sound et chez Japan Overseas. Mais ces 10 CDs sont un tel vivier, avec finalement bien peu de filler tracks, qu'il serait dommage de s'en priver : à découvrir dans ce mix d'un peu moins d'une heure... florilège de quelques-unes des facettes de la Los Angeles Free Music Society.Quelques images, en commençant par The Doo-Dooettes:
Le Forte Four en action...

La rançon de la gloire...
Tom Recchion et ses instruments...
... dont ce strungaphone:
Un mot enfin pour signaler que les Dinosaurs with Horns seront présents au (k-raa-k)³ festival le 3 mars (KC Belgie, Hasselt), ainsi qu'au Ali_Fib Fest, le lendemain à Paris.
Aujourd'hui, un détour dans la section archives, avec le "Beyond the Black Crack" d'Anal Magic & Reverend Dwight Frizzell.
Que se cache-t'il derrière ce disque enregistré entre 1974 et 1976, derrière ces pistes liées à un étrange cérémonial ("tracks 1-9 were originally released to commemorate the First Annual End of the World Celebration, November 18th, 1976") et derrière le Reverend Dwight Frizzell et son obscur cursus ("musician, film maker, Doctor of Metaphysics and minister in the Universal Church of Life")?
Beaucoup de questions auxquelles on pourrait répondre "un beau bordel", tant cet album et ses intervenants demeurent plutôt inclassables: collages de field-recordings, oscillation entre brass band déglingué et free-jazz tendance Ayler / Sun Ra (voire un petit côté Coltrane en fin de vie, lorsque le sax emprunte des routes accidentées), manipulations de bandes, percussions éparses ou à la densité plus tribale, électronique exubérante (là aussi un parallèle avec le moog comme l'on peut l'entendre chez Sun Ra... et finalement, pour prendre une référence plus actuelle, on se trouve parfois dans une veine assez proche de ce que Ståle Storløkken a pu délivrer au sein de Supersilent ces derniers temps).
Ca fait beaucoup et il faudrait encore mentionner ces instants chaotiques et ces moments de lévitation, car c'est aussi pour ces raisons que Anal Magic & Rev Dwight Frizzell s'est imposé comme l'une des références les plus bizarres de la fameuse NWW List. Morceaux choisis, à écouter par ici.
Inialement pressé à 200 copies par Cavern Custom (1976), "Beyond the Black Crack" (avec de nombreux et excellents bonus, ainsi que des liner notes très complètes) est régulièrement réédité depuis 1998 par Paradigm... qui a d'ailleurs réédité d'autres groupes de la NWW List, comme les impeccables albums de Brast Burn et Karuna Khyal, joyaux du psych-rock japonais des 70s (et dont j'aurai sûrement l'occasion de reparler un de ces jours). Ces disques sont disponibles directement chez Paradigm ou via Metamkine. - Quelques photos signées Seth Tisue, au DeStijl/Freedom From Festival 2003.
"O Knights of Ni, you are just and fair, and we will return with a shrubbery." (Arthur, King of the Britons)
Ainsi fut baptisée la section archives du Castle Anthrax, inaugurée aujourd’hui avec The Hands of Caravaggio (Erstwhile, 2002), fruit de la collaboration entre John Tilbury et MIMEO (Music In Movement Electronic Orchestra). Qu’il s’agisse de l’artwork de Points & Slashes (inspiré du travail de Lucio Fontana) ou des nombreuses pochettes reprenant des tableaux de Keith Rowe lui-même, le catalogue du label new-yorkais Erstwhile n’a jamais caché la relation étroite qu’il entretenait avec la peinture.En mai 2001 à Bologne, une toile de Caravage se retrouva même au centre des débats: L’Arrestation du Christ et son célèbre clair-obscur que Keith Rowe visualise d’ailleurs comme l’un de ces flagrants délits publié en Une de tabloïd, fasciné par la position des mains de Jésus, de Judas, des soldats... et de l’homme à la lampe (sur la droite), dont on dit d’ailleurs qu’il s’agirait d’un autoportrait de Caravage. Cette source lumineuse qui vaudra d’ailleurs une analogie avec certains travaux de Jérôme Noetinger (Cellule d’Intervention Metamkine, Le Cube...).
"In one second you guys can eliminate me once and for all." (John Tilbury)
"Less than a second." (Jérôme Noetinger)
"On est treize à table, en 5-3-3 avec deux gardiens et sans Robert Pirès: une vraie dream team." (Raymond Domenech)
Au centre, le pianiste d’AMM évolue sur un terrain rendu instable par Cor Fuhler (inside piano) et se confronte à une armada électronique : confrontation des époques, confrontation entre le piano et des technologies contemporaines, une rencontre qui s’intègre dans la longue tradition du concerto. Tout a déjà été dit sur la richesse de cet album, sur son fourmillement de détails, sur la force de ses contrastes, sur la profondeur des interactions entre les différents membres de l’orchestre, sur cette apparente complexité d’où émerge une vision évidente, sur la pureté et sur l’ampleur du son (l’enregistrement est signé Dean Roberts, Marcus Schmickler et Renato Rinaldi)... autant d’éléments qui font de chaque écoute de The Hands of Caravaggio, une nouvelle découverte. Un point qui ne s’est d’ailleurs toujours pas démenti, quatre ans après sa sortie.- De nombreuses chroniques, un essai sur l’Histoire du concerto ainsi que des extraits sont disponibles sur le site du label Erstwhile Records.
- Quelques détails sur L’Arrestation du Christ, toile retrouvée à Dublin en 1990 chez des Jésuites... et un récent article qui rappelle que Caravage n’a décidément pas fini de faire parler de lui.